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À retenir
- Volontaire : La stratégie « L’IA pour tous » repose sur des codes volontaires, sans loi fédérale contraignante, contrairement aux autres pays du G7.
- Écosystème : Plus de 3 500 entreprises IA au Canada, mais une infrastructure de calcul qualifiée d’« embryonnaire » par le gouvernement lui-même.
- Confiance : 75 % des Canadiens attendent une régulation étatique, contre 34 % seulement qui font confiance à l’IA aujourd’hui.
Un G7 sans cadre contraignant : ce que ça change vraiment
Le 4 juin 2026, à l’hôpital général de Toronto, Mark Carney a lancé la stratégie nationale « L’IA pour tous ». Une enveloppe de plus de 2,3 milliards CAD accompagne six piliers : infrastructures, talents, régulation, recherche, adoption sectorielle et souveraineté. Concrètement, ce plan intervient dans un vide juridique fédéral. Depuis la prorogation parlementaire de janvier 2025, le projet de loi C-27 (AIDA) est mort, et rien ne l’a remplacé. Le Canada reste ainsi le seul pays du G7 sans cadre fédéral contraignant pour l’IA, selon le Centre canadien de politiques alternatives (CCPA).
Ce n’est pas anodin. Des leviers partiels existent (Directive du Conseil du Trésor, LPRPDE, Loi 25 québécoise, directives de l’OSFI), mais ils couvrent des segments sans former un cadre unifié. Pour une entreprise canadienne exposée au marché européen, la contrainte la plus immédiate vient de l’AI Act, qui s’applique indépendamment du droit canadien. Allons plus loin : l’absence de cadre fédéral pèse sur la crédibilité internationale du Canada comme pôle d’innovation responsable.
Volontaire, mais pas sans ancrage
La stratégie canadienne mise sur le volontariat et la pression réputationnelle. L’expérience européenne montre qu’un code volontaire peut produire des effets, mais à condition d’être articulé avec un cadre légal contraignant. Le code de bonnes pratiques de la Commission européenne bénéficie d’une présomption de conformité opposable dans l’AI Act. Au Canada, sans équivalent, la pression repose sur la réputation et l’effet de marché. Or, un sondage cité par The Walrus indique que 75 % des Canadiens attendent une régulation étatique, tandis que seulement 34 % font confiance à l’IA. La demande de cadre juridique est explicite.
Écosystème et infrastructure : l’économie IA canadienne
Le gouvernement recense plus de 3 500 entreprises d’IA, ayant levé collectivement plus de 37 milliards CAD en capital-risque. Les objectifs officiels visent 250 000 emplois supplémentaires et une hausse de 3 % du PIB. Attention : ce sont des objectifs politiques, pas des prévisions auditées. Le document stratégique lui-même reconnaît que la capacité de calcul souveraine du Canada « demeure embryonnaire, en particulier dans l’infonuagique ». Investir pour réduire la dépendance aux fournisseurs étrangers est un chantier majeur.
Concrètement, l’écosystème est dynamique mais fragilisé par une infrastructure insuffisante. Ce que ça change vraiment : sans cadre contraignant, la concurrence pour attirer les talents et les capitaux pourrait s’intensifier face à des régions mieux régulées (Europe, Royaume-Uni). À retenir : le Canada parie sur le volontariat et l’incitation économique, mais la crédibilité de cette approche dépendra de la capacité à transformer des engagements en résultats mesurables.

Lucy Chen est ingénieure pédagogique et analyste des technologies de formation. Elle décrypte l’IA, le e-learning et les mutations du digital pour les professionnels qui veulent comprendre avant d’agir. Pas de tendances creuses — que du concret.
